Evergreen ou les dérives du progressisme... et de la partialité.



  • Evergreen ou les dérives du progressisme est un documentaire sorti sur Youtube en 2019. Il se concentre sur les événements qui se sont déroulés à l'Evergreen State College en 2017 et qui ont une couverture médiatique nationale aux États-Unis. De quoi il s'agit ? Comme chaque année, l'université organise un jour appelé "Day of Absence" qui propose aux étudiants appartenant aux minorités de ne pas être présents sur le campus pour montrer que leur absence reflète l'importance que leurs membres jouent au sein de l'université et de la société en général. Or, en 2017 l'administration de l'université propose aux étudiants, au corps enseignant et au personnel d'inverser les rôles en demandant aux personnes "non racisées" de ne pas venir sur le campus et de laisser la place uniquement aux étudiants et personnel issus des minorités.
    L'idée ne plaît pas et certaines voix s'élèvent au sein du corps enseignant car elles y voient une forme de racisme à l'égard des blancs. Brett Weinstein, un prof de bio écrira même une lettre à l'administration pour dénoncer la situation et montrer son désaccord vis-à-vis des positions idéologiques que prend l'université depuis quelques années.
    De tout cela découleront des comportements excessifs du côté des étudiants anti-racistes qui vont manifester contre "l'oppression des personnes blanches", prendre à parti Weinstein notamment et réclamer auprès de l'administration son renvoi. Tout au long du documentaire, son créateur va nous démontrer par A+B que l'idéologie d'une certaine gauche progressiste (qu'il range dans la catégorie "de l'extrême gauche") "politiquement correcte", pro-équité, en vidant de son contenu toutes les luttes intergroupes (racisme, de genre, de sexe...) conduit à une nouvelle forme d'oppression qui empêche tout avis contraire ou différent de s'exprimer et rejette toute forme d'argumentation qui ne va pas dans son sens. Beaucoup la compareront d'ailleurs à une structure sectaire.

    Bref, ce documentaire met en avant les défaillances d'un progressisme qui, sous-couvert d'une volonté d'équité et de réduction des discriminations de tout bord au sein de la société, dérive petit à petit vers une autre forme d'oppression, qui, cette fois-ci, se dirige vers ceux qui sont historiquement considérés comme des "privilégiés" et des "oppresseurs" : les hommes blancs cisgenre hétéros.

    Mais pourquoi je vous propose de regarder ce documentaire ? Serais-je devenue bête et de droite ? Est-ce que je déteste les SJW au point de me tourner vers les kheys de JVC pour nourrir mon refus de cette vision des choses trop extrême ? Non, du tout. Cela tient en quelques raisons : je souhaite pointer du doigt quelques fondamentaux.

    Le premier élément est le suivant : Les SJW, les féminazies, les pro-équités, bref toutes les personnes qui versent dans le "trop politiquement correct" et rejettent en bloc tout ce qui ne va pas dans leur sens, ça pue.
    C'est notamment ce que dénonce South Park dans ses dernières saisons avec le personnage du Principal PC (les initiales de "PC" correspondant justement à l'expression "politiquement correct"). C'est un discours vide de toute substance qui ne lutte pas contre les discriminations mais les exacerbe en cherchant le diable dans les moindres détails et en niant toute possibilité de remettre en question sa vision orientée. À mon sens, ce courant de pensée est nocif car il ne conduit pas à un changement sociétal vers plus d'égalité et de cohésion entre les individus et les groupes sociaux mais s'attache à des chimères tout en inventant des problèmes qui n'existent pas. Je trouve cela dangereux car ça éloigne le débat public des principaux problèmes sociaux (à tout hasard les inégalités entre classes sociales ?).

    Le second élément : la partialité du documentaire (euphémisme, mon ami). L'auteur a une vision très orientée des événements qu'il relate ainsi que des idées véhiculées au sein de l'université. Le vocabulaire qu'il emploie dès le départ n'est pas anodin, il fait partie des mots clefs qui reviennent couramment dans le langage de droite (pour ne pas dire très à droite), cf. les "bien-pensance", "politiquement correct", "idéologie" qui reviennent régulièrement au cours des 50 minutes de vidéo.
    Aussi, il présente uniquement les témoignages qui vont dans son sens, il n'y en a aucun venant du mouvement étudiant ni des personnes les ayant soutenu et chaque vidéo diffusée est suffisamment tronquée pour se concentrer sur ce qui peut paraître abusif tout en ôtant le contexte (cf. l'exemple des 2h de vidéo de la réunion du président de l'université avec les élèves noirs qui se plaignent du manque de réaction du personnel. Il ne montre que 5 minutes sur 2h en se concentrant sur l'agressivité des étudiants et de leurs sarcasmes à l'égard du président. Qui du reste des 2h où il s'y est sûrement dit autre chose ?).
    De plus, d'entrée de jeu il nie l'existence d'un racisme institutionnel (qu'il appelle d'ailleurs "racisme systémique", terme qui n'existe pas vraiment dans le milieu scientifique. Il est soit question de racisme institutionnel/d'Etat, soit de discrimination systémique, si vous voulez en savoir plus sur la question et une approche critique de ces notions, je vous renvoie à cet article) et l'associe à une simple construction idéologique de la part de "l'extrême gauche" et ses vilains gourous "sociologues". Car oui, selon lui la faute de cette "dérive sectaire" est notamment due aux sciences humaines, aux études menées sur le genre, les discriminations ainsi qu'à la pensée post-modernisme§ (vous savez cette qui émerge lors de la seconde moitié du XXe siècle et qui a été véhiculée par des philosophes comme Deleuze, Foucault ou Derrida).
    D'autre part, le contexte posé par l'auteur de la vidéo est simpliste car celui-ci ne s'attache à ce qui peut aller dans son sens (le politiquement correct mène à des dérives autoritaristes). En effet, après le visionnage de son documentaire, j'étais pas mal sceptique par rapport à ce qu'il pouvait raconter et j'ai voulu en savoir plus pour avoir une idée plus précise de ce qui a pu pousser des élèves à péter des câbles, se balader avec des battes sur le campus, refuser la parole à certains professeurs, réclamer à corps et à cri des changements rapides et notables à l'administration, leurs réactions excessives à l'égard de la police du campus, bref le pourquoi de tant de tensions. J'ai vite constaté que le contexte donné dans la vidéo omettait des détails notables : en effet, j'ai pu apprendre que seulement dix jours avant le Day of Absence, deux étudiants noirs de l'université sont arrêtés abusivement sur le campus et sont gardés à vue dans des conditions peu clémentes, ce qui va forcément créer des tensions avec les étudiants noirs. Ainsi, la réaction des élèves à l'égard des policiers du campus au moins où Weinstein est pris à parti, est une réaction défensive à l'égard de cet événement.
    À cela, on peut ajouter qu'au même moment se déroule le nouveau procès de l'affaire Samuel DuBose (un jeune black qui s'est fait tuer par un policier du campus de Cincinnati pendant un contrôle en voiture), ainsi que les tensions exacerbées entre les différentes parties de la population depuis l'arrivée de Trump à la Maison Blanche.

    § (c'est pas un astérisque parce que sinon ça me met un gros point) "La philosophie postmoderne désigne un ensemble d'études critiques menées entre les années 1950 et les années 1970 voire 1980, qui rejettent en partie les tendances universalistes et rationalistes de la philosophie des modernes, ou cherchent à s'en distancer pour mieux les analyser. " (cf. Wikipedia).

    Que pensez-vous de cette vidéo ? Le politiquement correct est-il l'apanage d'une extrême gauche outrancière ? Cette lutte qui se déroule notamment sur les réseaux sociaux, à qui profite-t-elle au juste ? Est-ce que la généralisation de l'écriture inclusive, la mise en avant des "privilèges" de chacun est vraiment une défense de l'égalité et des droits des individus ? Pourquoi les conservateurs s'attachent particulièrement à rejeter ce type de discours en le ridiculisant ?



  • Merci pour ce partage qui a l'air fort intéressant. Je vais regarder la vidéo dans les jours qui arrivent. Je n'ai donc pas encore d'opinion/d'avis là-dessus, peut-être que je n'en aurai toujours pas après le documentaire... Mais en tout cas je serai ravie de te faire un retour dès que j'ai vu ça de plus près.



  • @Egon a dit dans Evergreen ou les dérives du progressisme... et de la partialité. :

    Que pensez-vous de cette vidéo ? Le politiquement correct est-il l'apanage d'une extrême gauche outrancière ? Cette lutte qui se déroule notamment sur les réseaux sociaux, à qui profite-t-elle au juste ? Est-ce que la généralisation de l'écriture inclusive, la mise en avant des "privilèges" de chacun est vraiment une défense de l'égalité et des droits des individus ? Pourquoi les conservateurs s'attachent particulièrement à rejeter ce type de discours en le ridiculisant ?

    Alors ce que je pense de la vidéo. Je n'ai pas confiance dans l'objectivité de la vidéo, l'auteur commence déjà par la conclusion alors que je n'ai encore rien vu. Je cite : "dictature de la bien-pensance progressiste". La vidéo a à peine commencée que je suis déjà agacé.

    La conséquence de cela, c'est que je me suis mis à douter de tout ce qui est le contexte : certes on peut nous présenter des scènes plus ou moins choquantes sur des anti-racistes, mais sans connaître le véritable contexte ( comme par exemple prendre 5 minutes qui nous arrangent sur une réunion de 2 heures ).

    En regardant sur Wikipedia, le professeur Weinstein a l'air d'être un cas lui aussi.
    Bret Weinstein est interviewé par Tucker Carlson sur Fox News Channel, où il ne corrige pas le présentateur quand ce dernier affirme que les étudiants blancs ont tous été interdits d'entrée sur le campus5. Pendant l'émission, il laisse entendre, selon Noah Berlatsky, que les manifestations ont été organisées uniquement en réponse à son email envoyé deux mois plus tôt et ne corrige pas Carlson lorsqu'il affirme que les manifestants exigent le renvoi temporaire de tous les élèves blancs9. 90 collègues de Weinstein écrivent une lettre à l'administration demandant une enquête formelle contre lui, estimant qu'il met le campus en danger avec son intervention télévisée8.

    Concernant les anti-racistes avec leurs battes de baseball :
    Le troisième jour, l'administration reçoit des nouvelles menaces et choisit d'arrêter tous les cours. Les étudiants vivant dans les dortoirs du campus se regroupent et s'arment de battes de baseball pour répondre à une potentielle agression alors que des conducteurs crient des insultes racistes derrière leurs fenêtres5. Ils prennent une photo de groupe, souriants, leurs battes à la main, qui est rapidement reprise par les médias d'extrême-droite ; Weinstein tweete la photo en ajoutant que plusieurs personnes conservatrices ont été agressées, ce qui n'est corroboré par aucune autre source6.

    Ce qui ne correspond pas à ce qui a été dit dans la vidéo.

    De plus ce genre de situations ne se retrouve pas en France car il y a un fossé culturel entre les États-Unis et la France.

    Pour répondre aux autres questions, je trouve ça dommage d'aborder la défense de l'égalité et des droits des individus de la manière dont c'est fait, notamment par les anti-racistes, en pointant du doigt avec véhémence les privilèges des autres. Je pense que cela peut produire l'effet inverse et attiser de nouvelles tensions. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de problème, mais la façon de mener les combats, et de réduire l'individu à une étiquette, une couleur de peau uniquement, ça me gêne. Puis certains combats me semblent être de faux combats, comme par exemple l'écriture inclusive que tu mentionnes.

    Les conservateurs américains n'agissent pas forcément mieux sur ce sujet.



  • @Egon je viens de terminer la vidéo. Je la trouve pas assez complète que pour avoir un avis particulièrement tranché sur la question. Certes, comme dit plus haut la vidéo n'est pas objective mais je vais essayer de "passer outre" même si c'est pas évident.

    J'aurais bien aimé avoir plus de témoignages d'élèves qui ont l'air d'être au coeur de la problématique... Il semble être mis sur un piédestal.

    Je trouve pas ça normal que les professeurs au début du reportage doivent se présenter en disant je suis cisgenre hétérosexuel hétéronormé, je suis queer etc. Ça ne regarde en aucun cas un élève de savoir ce genre de choses sur son professeur. Ça les catégorise et les amène à avoir des préjugés plus forts que de simples préjugés faits par supposition.

    Bref je ne suis pas convaincue par les extrêmes. Autre cas : oui, c'est malpoli de montrer du doigt mais de là à en faire tout un foin ... Au point que le gars sache plus où se mettre. Bof.

    C'est bien de se battre et de défendre ses convictions, les imposer c'est une autre histoire.


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