Merci à toutes les deux pour cette jolie battle. Bravo à @ayamé qui l'emporte !
Voici la deuxième battle :
@Leitmotiv vs @Mai-Tai
Extrait de Leitmotiv
À présent une autre lumière éclairait la pièce, mille fois plus lumineuse que les veilleuses, et en moins de temps qu’on n’en a pris pour le dire, elle avait visité tous les tiroirs de la chambre, à la recherche de l’ombre de Peter, fouillé l’armoire et retourné toutes les poches. Ce n’était pas vraiment une lumière. Elle produisait de la lumière en se déplaçant par éclairs, mais lorsqu’elle finissait par se reposer une seconde, on pouvait voir qu’il s’agissait d’une fée, pas plus grande que votre paume, encore en pleine croissance. C’était une fille, nommée Clochette, vêtue d’une délicieuse robe de feuilles mortes, au décolleté carré, qui mettait parfaitement en valeur sa silhouette, dont les formes avaient des rondeurs ravissantes.
Un moment après l’entrée de la fée, un souffle ouvrit la fenêtre, poussé par les petites étoiles, et Peter jaillit à l’intérieur. Il avait transporté Clochette une partie du chemin, et ses mains étaient encore couvertes de poussière de fée.
« Clochette, appela-t-il doucement après s’être assuré que les enfants dormaient, Clochette, où es-tu ? » Elle était pour le moment à l’intérieur d’une cruche, ce qui lui plaisait extrêmement. C’était la première fois qu’elle visitait une cruche.
« Oh, sors de cette cruche ! Et, dis-moi, sais-tu où ils ont mis mon ombre ? »
Le plus beau des tintements, comme celui que feraient des clochettes d’or, lui répondit. Telle est la langue des fées. Vous autres, comme la plupart des enfants, vous ne l’entendez jamais, mais si vous l’entendiez, vous comprendriez que c’est un son que vous avez déjà perçu une fois.
Clochette disait que l’ombre était dans la grande boîte. Elle voulait parler de la commode, et Peter sauta sur les tiroirs, puis éparpilla des deux mains leur contenu sur le sol comme un roi qui jette à la foule la petite monnaie. En un instant, il avait retrouvé son ombre et, dans sa joie, il oublia qu’il avait enfermé Clochette dans le tiroir.
Il avait pensé – mais je ne crois pas qu’il ait jamais pensé – que lui et son ombre, une fois l’un près de l’autre, se réuniraient comme deux gouttes d’eau ; et lorsqu’il vit que tel n’était pas le cas, il fut consterné. Il essaya de la coller avec un savon qu’il trouva dans la salle de bain, mais ce fut un nouvel échec. Un frisson parcourut Peter. Il s’assit sur le sol et se mit à pleurer.
Ses sanglots réveillèrent Wendy, qui se redressa dans son lit. Elle n’était pas effrayée de voir un étranger pleurer sur le sol de la chambre ; cela lui inspirait seulement un agréable intérêt.
« Mon garçon, dit-elle poliment, pourquoi pleures-tu ? »
Peter pouvait se montrer également très poli, car il avait appris les bonnes manières lors des cérémonies des fées, si bien qu’il se leva et lui fit une splendide révérence. Elle en fut enchantée, et lui fit une splendide révérence en retour depuis le lit.
« Comment t’appelles-tu ? demanda-t-il.
– Wendy Moira Angela Darling, répondit-elle avec une certaine satisfaction. Et toi, comment t’appelles-tu ?
– Peter Pan. »
Elle était déjà certaine qu’il s’agissait de Peter, mais, en comparaison, son nom semblait bien court.
« C’est tout ?
– Oui », dit-il un peu brutalement. Il eut l’impression, pour la première fois, que son nom était un peu trop court.
« Je te demande pardon, dit Wendy Moira Angela.
– Ça ne fait rien », dit Peter la gorge sèche.
Elle lui demanda où il habitait.
« La deuxième à droite, dit Peter, puis tout droit jusqu’à l’aube.
– Quelle drôle d’adresse ! »
Peter eut un pincement. Pour la première fois, il eut l’impression que c’était peut-être une drôle d’adresse.
« Non, pas du tout, dit-il.
– Je veux dire, dit Wendy avec gentillesse, se souvenant que c’était elle qui le recevait, est-ce que c’est cela qu’on écrit sur les lettres ? »
Il aurait voulu qu’il ne soit pas question de lettres.
« Reçois jamais de lettres, dit-il avec mépris.
– Mais ta mère reçoit des lettres ?
– Ai pas de mère », dit-il. Non seulement il n’avait pas de mère, mais il n’avait pas la moindre envie d’en avoir une. Il considérait les mères comme des personnes largement surestimées. Wendy, cependant, sentit soudain qu’elle avait affaire à une tragédie.
« Oh, Peter, cela ne m’étonne pas que tu pleures », dit-elle. Et elle sortit du lit et courut vers lui.
« Je ne pleurais pas sur les mères, dit-il avec indignation. Je pleurais parce que je n’arrive pas à recoller mon ombre. D’ailleurs, je ne pleurais pas.
– Elle s’est détachée ?
– Oui. » Wendy vit alors l’ombre sur le sol qui avait l’air si misérable, et elle en fut affreusement désolée pour Peter. « Quelle horreur ! » dit-elle, mais elle ne pouvait s’empêcher de sourire quand elle vit qu’il avait essayé de la recoller avec du savon. « Voilà bien une idée de garçon ! »
Extrait de Peter Pan de James Matthew Barrie.
Extrait de Mai Tai
Durant presque une demi-heure, je déambulai dans les mystères de ce labyrinthe qui sentait le vieux papier, la poussière et la magie. Je laissai ma main frôler les rangées de reliures exposées, en essayant d'en choisir une. J'hésitai parmi les titres à demi effacés par le temps, les mots dans des langues que je reconnaissais et des dizaines d'autres que j'étais incapable de cataloguer. Je parcourus des corridors et des galeries en spirale, peuplés de milliers de volumes qui semblaient en savoir davantage sur moi que je n'en savais sur eux. Bientôt, l'idée s'empara de moi qu'un univers infini à explorer s'ouvrait derrière chaque couverture tandis qu'au-delà de ces murs le monde laissait s'écouler la vie en après-midi de football et en feuilletons de radio, satisfait de n'avoir pas à regarder beaucoup plus loin que son nombril. Est-ce à cause de cette pensée, ou bien du hasard ou de son proche parent qui se pavane sous le nom de destin, toujours est-il que, tout d'un coup, je sus que j'avais déjà choisi le livre que je devais adopter. Ou peut-être devrais-je dire le livre qui m'avait adopté. Il se tenait timidement à l'extrémité d'un rayon, relié en cuir lie-de-vin, chuchotant son titre en caractères dorés qui luisaient à la lumière distillée du haut de la coupole. Je m'approchai de lui et caressai les mots du bout des doigts, en lisant en silence :
Je n'avais jamais entendu mentionner ce titre ni son auteur, mais cela n'avait pas d'importance. La décision était prise. Des deux côtés. Je pris le livre avec les plus grandes précautions et le feuilletai, en faisant voleter les pages. Libéré de sa geôle, il laissa échapper un nuage de poussière dorée. Satisfait de mon choix, je rebroussai chemin dans le labyrinthe, le volume sous le bras, le sourire aux lèvres. Peut-être avais-je été ensorcelé par l'atmosphère magique du lieu, mais j'avais la certitude que ce livre m'avait attendu pendant des années, probablement bien avant ma naissance.
Extrait de L'Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón.
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Vous avez jusqu'à demain 17 juin à 19h, soit 24h, pour faire votre en choix en copiant le code qui correspond.
Bonne lecture ! 





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