Titre : Balzac et la petite tailleuse chinoise
Auteur : Dai Sijie
EAN : 9782070416806
Pages : 228 pages
Éditeur : Gallimard (14/10/2002)

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La quatrième de couverture :
Dans la Chine de Mao, savoir lire, c'est déjà faire partie des intellectuels. Et on ne badine pas avec les intellectuels : on les envoie se rééduquer dans les campagnes, travailler dans des rizières ou dans des mines. C'est ce qui est arrivé au narrateur et à son ami Luo, si jeunes et déjà marqués du sceau infamant d'"ennemis du peuple". Pour ne pas sombrer, ils ont heureusement encore quelques histoires, quelques films à se raconter, mais cela fait bien peu. Jusqu'à ce que, par miracle, ils tombent sur un roman de Balzac : petit livre à lire en cachette, tellement dangereux, mais tellement magique, qui changera le cours de leur vie en leur ouvrant la porte de la fille du tailleur, en rendant possible ce qui ne l'aurait jamais été... Il fallait oser confronter le monde de Balzac et la Chine de Mao : Dai Sijie, réalisateur renommé qui vit en France, a réussi cet improbable pari et on lit avec enthousiasme et frénésie ce premier roman parfaitement maîtrisé.

Avis :

C'est un de mes livres préférés. Un de ceux qui, il y a une vingtaine d'années, m'ont redonné goût à la lecture. (C'est d'ailleurs pour cela que je n'ai jamais voulu regarder l'adaptation cinématographique, de peur que les impressions que j'ai sur cette oeuvre aient été altérées, de peur de remplacer les images qu'il m'a mis dans la tête par celles du film)

C'est une oeuvre ancrée dans l'Histoire, dans la chine de Mao , mais aussi une histoire magnifique (avec une histoire d'amour), racontée tel un conte, et qui nous montre la liberté que peut nous procurer les livres, vecteurs de connaissances, d'évasion et d'émancipation.

Bref, un "must-read", un indispensable pour ma part :heart:

Deux extraits :

"Souvent, après minuit, on éteignait la lampe à pétrole dans notre maison sur pilotis, et on s'allongeait
chacun sur son lit pour fumer dans le noir. Des titres de livres fusaient de nos bouches, il y avait dans ces noms des mondes inconnus, quelque chose de mystérieux et d'exquis dans la résonance des mots, dans l'ordre des caractères, à la manière de l'encens tibétain, dont il suffisait de prononcer le nom, " Zang Xiang", pour sentir le parfum doux et raffiné (...)
-Et maintenant, où ils sont , ces livres ?
-Partis en fumée. Ils ont été confisqués par les Gardes rouges, qui les ont brûlés en public, sans aucune pitié, juste en bas de son immeuble."

"Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement. A l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts: à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoëvski, et quelques Aglais: Dickens, Kipling, Emily Brontë...
Quel éblouissement!
Il referma la balise et, posant une main dessus, comme un chrétien prêtant serment, il me déclara:
-Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde".