Sullivan : "Je sortais avec Adelaïde au lycée, et ce n'était pas qu'une amourette, nous sommes restés longtemps ensemble. Mais elle refusait de coucher avec moi (par conviction religieuse) et ça me rendait fou. Alors j'ai tenté de la rendre jalouse en séduisant sa sœur. Ça n'a pas fonctionné du tout : Adelaïde n'est pas revenue vers moi, au contraire. Les deux sœurs se sont disputées, et j'ai fini par épouser Magnolia un peu par dépit.
Mais je n'ai jamais oublié mon amour de jeunesse, Adelaïde. Elle n'a jamais quitté mes pensées, et je n'ai jamais cessé de regretter d'avoir épousé sa sœur.
L'annonce de son invitation m'a rendu fou de joie : je ne suis pas venu au Manoir pour renouer avec des potes de lycée, mais parce que je comptais enfin quitter Magnolia et tenter de reconquérir Adelaïde.
Depuis toutes ces années, j'avais attendu un signe d'elle, et enfin elle me le donnait !
Au Manoir, pendant le déjeuner, je n'avais d'yeux que pour elle. (Au fait, je n'ai jamais fait allusion à une histoire d'emprunt à table, non, les allusions discrètes que j'ai faites pendant le repas ne portaient que sur notre passé romantique…) J'aurais rêvé de passer l'après-midi avec elle, mais pas moyen, Darius ne voulait pas la lâcher, et puis Magnolia me tannait pour qu'on aille faire du shopping.
Nous sommes donc partis en ville cet après-midi. Là, je me suis débarrassé de Magnolia et je suis allé acheter le collier en or, que j'ai fait graver sur le champ, pour Adelaïde. Mais je n'avais pas prévu d'être épié par Clotilde ! En rentrant au Manoir, quand elle m'a questionné dans le hall, j'ai dû improviser cette histoire de bracelet surprise pour Magnolia… (il n'y a jamais eu de bracelet.)
J'ai attendu que Clotilde parte vers le sauna, puis je suis allé trouver Adelaïde pour lui offrir le collier en or. J'étais certain qu'elle me tomberait dans les bras, mais elle m'a rejeté ! C'était une claque. Elle a dit que je lui avais brisé le cœur il y a toutes ces années, et qu'elle ne me pardonnerait jamais de l'avoir trompée et d'avoir épousé sa sœur. Et elle était furieuse que je lui déclare mon amour… Mais elle est tout de même partie avec le collier, alors j'ai gardé un faible espoir.
J'étais désemparé. Je suis allé dans ma chambre et j'ai allumé la télé machinalement. J'ai ouvert la fenêtre pour respirer. Au bout d'un moment, hagard, j'ai tout laissé en plan et je suis allé errer dans le jardin. En marchant je me repassais le film de ma vie dans la tête. J'avais été si heureux avec Adelaïde au lycée. À partir de quel moment ma vie avait-elle basculé ? Comment avais-je pu sombrer autant ?
En approchant la roseraie, je suis sorti de ma torpeur lorsque j'ai entendu des rires étouffés et des gens qui couraient sur les gravillons. J'ai suivi ces bruits jusqu'au bout de la roseraie, et là, au loin, derrière la gloriette, à la lueur des lampadaires, j'ai vu Magnolia et Finn… enlacés. Cette vision m'a instantanément plongé dans une rage incroyable.
Et soudain mon esprit n'était plus embrouillé : je savais précisément pourquoi j'avais raté ma vie.
La femme qui aurait dû être mienne, ma douce Adelaïde, m'avait certes repoussé aujourd'hui, mais ce n'était pas par désamour, c'était par chagrin, parce qu'une erreur avait été commise dans le passé, et la rancœur qu'elle ressentait, la cause de tous nos malheurs, portait un nom : Magnolia. Magnolia qui ne m'avait servi à rien, qui m'avait ruiné, et qui ce soir, pour couronner le tout, avait le culot de me faire cocu, avec un pauvre type qui se prétendait être mon ami !
Je bouillonnais mais je n'étais pas aveuglé par la colère, au contraire j'y voyais désormais clair : Magnolia devait payer, et son amant partirait avec elle, ils devaient mourir tous les deux, ce soir.
C'est là que j'ai aperçu le collier en or, qui brillait dans le gravier de la roseraie. J'ai pris ça comme un signe et je l'ai glissé dans ma poche.
Finn et Magnolia sont partis de la gloriette dans des directions différentes. J'ai suivi Finn vers le panneau électrique. Je l'ai vu couper l'électricité générale. Ensuite il est allé bricoler le lampadaire derrière le sauna. Je suis retourné au panneau d'électricité, et j'ai rallumé le courant, pensant que ça lui serait fatal.
Il y a eu un claquement, et j'ai su que j'avais dû accomplir mon dessein lorsque j'ai entendu Magnolia crier : elle avait dû trouver Finn, électrocuté.
Dans l'obscurité, toujours mu par la rage, j'ai couru vers le sauna. En arrivant derrière Magnolia, j'ai sorti le collier de ma poche et je l'ai étranglée avec. Elle s'est écroulée. Le collier m'a échappé, et impossible de le retrouver dans l'obscurité.
J'ai enjambé le corps de Magnolia puis celui de Finn et j'ai couru en direction du parking sans trop savoir où j'allais. C'est là que j'ai vu la porte-fenêtre de ma chambre restée entrouverte. La télé s'était éteinte avec la coupure d'électricité bien sûr, mais j'ai pensé instinctivement que ce serait un alibi.
J'ai attendu que les autres découvrent les corps, puis je suis ressorti de ma chambre pour les retrouver.
Mais à ma grande horreur, Magnolia se tenait debout parmi le groupe, bien vivante ! C'est alors que j'ai réalisé ma terrible erreur, ma confusion dans le noir. Je pensais avoir tué mon épouse, mais à la place, j'ai porté le coup fatal à la femme de ma vie, la seule que j'ai jamais vraiment aimée. J'avais tué Adelaïde !"