Citations de vos lectures



  • Venez partager ici les passages qui vous ont le plus marqués au cours de vos lectures : qu'ils soient drôles, poétiques, didactiques, philosophiques, qu'ils aient simplement posés des mots sur une émotion, un ressenti ou qu'ils soient tirés de votre livre favori.

    Ça peut aussi être un passage qui vous interpelle parce qu'il est à côté de la plaque et/ou qu'il aborde un sujet qui vous intéresse particulièrement.



  • Et je commence avec ma lecture en cours :

    « Se débattre dans le bourbier, comme on dit, de l'existence, ou même s'occuper du péché, c'est tout de même beaucoup plus fatigant ; cela demande qu'on fasse au moins quelque chose. En tout cas je crois que ce qu'on appelle vertu n'a quelque valeur que si on l'acquiert dans les larmes ; tant que la vertu se borne à suivre la voie de moindre résistance, elle appartient au Démon. C'est ainsi que les « choses élevées » si souvent invoquées peuvent aussi constituer une voie de moindre résistance. Ce qui signifie, dans le domaine érotique : la fidélité conjugale bourgeoise peut fort bien être tout simplement la plus commode des solutions ; les histoires scandaleuses sont considérablement plus difficiles et incommodes.
    C'est pourquoi on peut sûrement dire de la sexualité qu'elle est une chose incommode, avant tout parce qu'elle engendre et suscite des problèmes. Cependant, si quelqu'un préfère se sentir à l'aise plutôt que mal à l'aise, d'avance il verra d'un mauvais œil tout ce qui pose des problèmes. Comme il est dans la fable du renard et des raisins : celui à qui il est trop difficile d'atteindre quelque chose dit volontiers qu'au fond il n'en a aucune envie. Le plus souvent il est très facile de renoncer à une chose ; vouloir une chose est trouvent très difficile. Ou, comme l'a formulé l'un de mes amis : naturellement le sexe est et a toujours été un péché parce qu'on n'a pas besoin de se donner du mal pour obtenir ce qui est défendu. »

    Mars, Fritz Zorn.



  • "Elle m'a dit : tape dans l'fond ch'uis pas ta mère"
    ~ Gérard Baste ~ , Le Prince de la Vigne



  • « Je voyais ma vie se ramifier sous mes yeux comme le figuier de l'histoire.
    Au bout de chaque branche, comme une grosse figue violacée, fleurissait un avenir merveilleux. Une figue représentait un mari, un foyer heureux avec des enfants, une autre figue était une poétesse célèbre, une autre un brillant professeur et encore une autre Ee Gee la rédactrice en chef, célèbre, toujours une autre, l'Europe, l'Afrique, l'Amérique du Sud, une autre figue représentait Constantin, Socrate, Attila, un tas d'autres amants aux noms étranges et aux professions extraordinaires, il y avait encore une figue championne olympique et bien d'autres figues au-dessus que je ne distinguais même pas.
    Je me voyais assise sur la fourche d'un figuier, mourant de faim, simplement parce que je ne parvenais pas à choisir quelle figue j'allais manger. Je les voulais toutes, seulement en choisir une signifiait perdre toutes les autres, et assise là, incapable de me décider, les figues commençaient à pourrir, à noircir et une à une elles éclataient entre mes pieds sur le sol. »

    La Cloche de détresse, Sylvia Plath.



  • @Egon C'est pas joyeux, mais c'est joli.



  • "La culture de la consommation parvient à se débarrasser des normes sexuelles traditionnelles, des interdictions frappant la sexualisation des corps et des relations, en s'appuyant sur l'autorité d'experts issus des rangs de la psychanalyse et de la psychologie. Ces professions faisaient en effet jouer à la sexualité deux rôles fondamentaux dans son ambition de redéfinir l'individualité. Premièrement, elles envisageaient l'histoire psychique de l'individu comme une histoire organisée autour de la sexualité (infantile), si bien que la sexualité devint une caractéristique essentielle de ce qui définissait une personne, son essence psychique pour ainsi dire. Mais, deuxièmement, la sexualité devint également très vite le signe et le lieu même de la formation d'un sujet "sain". Des psychologues et autres conseillers, représentant désormais un secteur économique considérable, se mirent à affirmer haut et fort qu'une vie sexuelle épanouie était essentielle au bien-être. La sexualité en vint ainsi à occuper une place centrale dans le projet d'avoir une vie saine et équilibrée, préparant le terrain à la notion positive d'"expérience sexuelle". En plaçant la sexualité au cœur du sujet, c'est-à-dire en faisant en sorte que le moi situe sa vérité intime et unique dans sa sexualité et en faisant dépendre la santé mentale d'une sexualité saine, la psychologie plaça le sexe et la sexualité aux deux extrémités de la séquence narrative constituant l'histoire du moi : le passé et l'avenir de tout un chacun gravitaient désormais autour d'eux. Le moi non seulement se faisait à lui-même le récit de son histoire propre en tant qu'histoire sexuelle, mais il faisait également de la sexualité, comme pratique et comme idéal, le telos de ce récit."

    in Pourquoi l'amour fait mal : l'expérience amoureuse dans la modernité, Eva Illouz.

    Eh bah ça, ça donne envie de se plonger dans L'Histoire de la sexualité de Michel Foucault, histoire de se pencher un peu plus sur l'historique de cette construction sociale qu'est la sexualité. °_°



  • « Réfléchissant à l'impact de la Révolution française sur les mœurs sociales, Edmund Burke songeait à ce qui attendait l'humanité :

    'Toutes les plaisantes fictions qui allégeaient l'autorité et assouplissaient l'obéissance, qui assuraient l'harmonie des différents aspects de la vie […] vont se dissiper sous l'assaut irrésistible des lumières et de la raison. Tous les voiles de la décence vont être brutalement arrachés. Toutes les idées surajoutées par notre imagination morale, qui nous viennent du cœur mais que l'entendement ratifie parce qu'elles sont nécessaires pour voiler les défauts et la nudité de notre tremblante nature et pour l'élever à nos propres yeux à la dignité – toutes ces vieilles idées vont être mises au rebut comme on se défait d'une mode ridicule, absurde et désuète.'

    Edmund Burke, grand essayiste anglais du XVIIIe siècle, anticipait ici ce qui deviendrait l'une des sources principales du dynamisme et du malaise de la modernité, en l'occurrence le fait que les croyances – en la transcendance et en l'autorité – doivent désormais rendre des comptes à la raison. Mais pour Burke, loin d'augurer un progrès de notre condition, l' « assaut irrésistible des lumières et de la raison » nous expose à des vérités que nous ne pouvons supporter : le pouvoir s'évanouissant, nos illusions s'éteindront également et cette nudité nouvelle nous laissera dans un état d'immense vulnérabilité, nous exposant et révélant, à nous comme aux autres, la véritable laideur de notre condition. L'examen scrupuleux des rapports sociaux par le regard implacable de la raison ne peut qu'arracher le voile harmonieux de significations sur lesquelles se fondent l'autorité et l'obéissance traditionnelles. Pour être tolérable, l'existence humaine requiert une part de mythe, d'illusion et de mensonge : seuls les mensonges et les illusions peuvent rendre supportable la violence des rapports sociaux. En d'autres termes, les infatigables tentatives de la raison pour démasquer et traquer les sophismes de nos croyances nous laisseront dépourvus dans le froid, car seules de belles histoires – et non la vérité – peuvent nous consoler. Burke a raison : savoir si la raison peut donner une signification à nos vies est la question fondamentale de la modernité. »

    Pourquoi l'amour fait mal : l'expérience amoureuse dans la modernité d'Eva Illouz.



  • « Mais souvent, il semble que la passion nous plonge dans l'excès et la musique traduit si fidèlement la passion qu'on ne peut qu'être convaincu et qu'il est impossible de lui résister. Merle Haggard me donnait toujours envie de me saouler à mort. Les Cream ou les Who, ou les Grateful Dead me donnaient envie d'être défoncé, tandis qu'avec Dolly Parton j'avais envie de tomber amoureux. June Carter semblait me faire signe depuis Jackson, Mississippi, et Patsy Cline m'invitait à Nashville. Pas étonnant que la plupart des gens préfèrent une musique insipide et faiblarde. »

    Un bon jour pour mourir, Jim Harrison.


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